En cette Journée Internationale des Femmes, un tour d’horizon des femmes ingénieures est inévitable. Et pour cause : En 2015, d’après une enquête de l’IESF, près de 30% des ingénieurs français diplômés l’an dernier étaient des femmes. En évolution depuis quelques années, cette part est à relativiser dans le milieu des formations par apprentissage.

En France, deux apprentis sur trois sont des hommes d’après une étude menée par l’ONISEP en 2015. Estimée à 32%, la faible proportion de femmes apprenties témoigne d’un fort désintérêt de leur part pour ces formations. Trop souvent stigmatisées, elles sont encore perçues dans l’imaginaire collectif comme des formations réservées à la gent masculine. Ce constat est d’autant plus frappant dans le secteur de l’ingénierie.

Pour comprendre ce que cela signifiait d’être « apprentie au féminin » dans une formation d’ingénieur, nous avons mené notre enquête auprès de deux étudiantes de l’IMT, : Clémence Zerbini et Amel Oumansour. Issues de formations et d’écoles différentes, ces jeunes femmes nous ont fait le plaisir de partager leur expérience et leur vision de l’apprentissage.

L’une, Clémence, a 22 ans et est originaire de Nice. Après l’obtention de son Bac S mention très bien, elle s’oriente vers un DUT Hygiène Sécurité et Environnement. Ne correspondant pas réellement à ses attentes, celui-ci lui valut une réorientation dans une autre formation, cette fois-ci en alternance : le DUT Génie Thermique et énergie de Ville d’Avray, en région parisienne. Aujourd’hui, la voilà apprentie à Mines ParisTech, en formation d’ingénieur spécialité Fluides et énergie. Elle travaille depuis un an au service R&D d’OSMOSEune société qui conçoit, réalise et exploite des installations de génie climatique automatisées.

Amel, notre seconde interviewée, est une ex-apprentie qui nous vient tout droit de Villeneuve d’Ascq, en région Hauts-de-France. Du haut de ses 25 ans, là voilà déjà diplômée et employée en CDI chez EDF. Après un Bac STI (STI2D aujourd’hui), elle entame un BTS Systèmes Électrique qu’elle ne terminera pas, faute d’intérêt. Elle s’oriente alors vers un BTS  Informatique et Réseaux pour l’Industrie et les Services techniques (IRIS), une formation plus adaptée à ses aspirations et à son profil mais également un premier pas dans la vie professionnelle qu’elle fait via deux stages, l’un chez Orange, l’autre chez IT-ROOM. Après l’obtention de son BTS, elle se plait à l’idée d’intégrer le cycle d’ingénieur de spécialité Télécommunications et Informatique par apprentissage de Télécom Lille. Pour arriver à ses fins, elle passe par la filière passerelle Bac +2 proposée par l’école et nécessaire à l’intégration de ce cycle. C’est ainsi qu’elle intègre le cycle d’ingénieur. S’en suivit alors sa première expérience en tant qu’apprentie chez EDF à la direction des services partagés de Nanterre. Elle fait ses preuves durant trois an, et décroche une embauche à la clé.

Comment en es-tu venu à t’intéresser à l’alternance dans le milieu de l’ingénierie ?

C.Z : Tout au long de ma scolarité, ce sont mes professeurs qui m’ont encouragé à m’intéresser à ce type de formation. D’abord en m’incitant fortement à faire un DUT en alternance, puis en me poussant à intégrer la formation par apprentissage ISUPFERE de Mines ParisTech.

A.O : Certains de mes professeurs m’ont conseillé d’intégrer une formation par apprentissage. Mais en réalité, il s’agissait avant tout d’un choix personnel de ma part de mêler théorie et pratique au sein même de mes études. Je pensais, et je pense encore aujourd’hui qu’acquérir de l’expérience professionnelle est la meilleure façon de se former.

Quelles sont les raisons qui t’ont fait choisir cette voie ?

C.Z : La formule cours + entreprise a de nombreux avantages. Tout d’abord, il faut dire que ce n’est pas dans toutes les formations qu’on est payé pour aller en cours. Cela nous oblige à être plus rigoureux, à gagner en maturité et en confiance en soi. De plus j’apprécie particulièrement le fait de pouvoir appliquer certains éléments cours en entreprise. Bien que cela n’arrive pas tous les jours, il me semble que c’est la meilleure façon de donner du sens à sa formation. Enfin, le fait que les cours et le travail en entreprise m’aient plu n’a fait que confirmer mon choix.

A.O : L’alternance permet de se construire une solide expérience pro, et c’est la principale raison qui a influencée mon choix. Le salaire, par exemple, ne faisait pas parti des éléments qui m’ont motivé à intégrer ce type de formation. J’avais surtout envie de développer des compétences.

As-tu trouvé rapidement une entreprise pour t’accueillir en alternance ? Etre une femme facilite la tâche, ou la rend plus difficile ?

C.Z : J’ai entamé mes recherches avec pour contrainte géographique de trouver une alternance dans le sud, près de Nice. C’était une façon pour moi de ne pas rompre totalement avec ma famille et mes amis. Au final, cette contrainte s’est révélée être un avantage compte tenu de la très faible concurrence de postulants en apprentissage dans cette région, le domaine du génie climatique et énergétique étant très spécialisé. Pour ce qui est du fait d’être une femme cela n’a été ni un avantage, ni un inconvénient lors du recrutement. Il suffit simplement de montrer qu’en tant que femme, on est largement capable de travailler aussi bien qu’un homme… voir mieux !

A.O : Je n’ai pas eu de difficulté à trouver mon alternance. J’ai commencé à chercher fin juin. J’ai signé mon contrat chez EDF fin juillet. On peut donc dire que cela s’est fait rapidement. Effectivement, je pense qu’il est plus facile de trouver une alternance lorsque l’on est une fille. Dans les grandes entreprises notamment, si une femme et un homme à compétences égales postulent pour un même poste d’apprenti, la femme aura plus de chances d’être embauchée. Les apprentis autour de moi sont plutôt unanimes à ce sujet. Cela est très sûrement lié au fait que certaines entreprises cherchent à promouvoir la mixité au sein de leurs équipes.

En tant qu’apprentie, est-ce difficile de concilier vie privée et vie professionnelle ?

C.Z : Dans mon cas particulier, je dois dire que le rythme n’est pas facile à tenir compte tenu des nombreux trajets allers-retours que je dois faire entre mon alternance et mon école. Ma vie et mon travail sont dans le sud, mais mes études sont en région parisienne…

A.O : Il faut arriver à trouver le bon compromis. Pour ma part j’ai trouvé mon alternance à Nanterre alors que j’étudiais à Lille… Evidemment, cela implique de savoir s’adapter. L’essentiel est de rester motivé et de s’organiser.

As-tu déjà été confrontée à des préjugés ou des situations conflictuelles dans le cadre de ton travail ?

C.Z : Oui. J’ai eu une mauvaise première expérience de 2 ans, lors de mon DUT en alternance. Je travaillais dans une petite entreprise de 4 employés. Mon patron était macho et estimait que je n’étais pas capable d’exécuter des « tâches d’hommes », soit des tâches plus intellectuelles selon lui. Il me déléguait ainsi tout le travail administratif qu’il ne voulait pas exécuter : comptes rendus, comptabilité, passer tel message à untel … Des tâches répétitives, qui n’avaient absolument rien à voir avec ma formation. A cette époque, je manquais de confiance en moi et je ne n’arrivais pas à m’imposer compte tenu de mon jeune âge.  Aujourd’hui j’ai tiré leçon de cette expérience.

A.O : Oui, cela m’est arrivé. Le fait qu’une femme ait des responsabilités, puisse gérer une équipe, prendre des décisions peut contrarier l’égo de certains hommes. Leur réaction est souvent de nous jeter des pics en utilisant l’ironie. Je sais que derrière ces remarques se cache toujours une part de vérité. Bien heureusement, un cas ne fait pas une généralité, et cela ne m’a jamais réellement posé problème.

Et à l’école ?

C.Z : C’est différent. Il arrive qu’on me charrie, mais je ne me laisse pas faire. Dans ces cas-là, je n’hésite pas à répliquer. Mais je n’ai jamais eu de soucis sur ce point-là.

A.O : Je n’ai jamais dû faire face à des situations conflictuelles à l’école. Depuis la seconde jusqu’à la fin de mon BTS, j’ai toujours été la seule fille de ma classe. J’ai appris à m’imposer et à m’affirmer. De toute façon, j’ai toujours été plus concentré sur l’obtention de mes diplômes que sur le reste.

Etre une jeune femme apprentie dans le secteur de l’ingénierie aujourd’hui …

C.Z : C’est trop « rare ». Encore aujourd’hui, les femmes sont trop peu représentées dans le secteur de l’ingénierie.

A.O : C’est être forte et ambitieuse. Il ne faut jamais baisser les bras.

Pour évoluer dans sa carrière, est-ce un moteur ou un frein d’être une femme ? 

C.Z : Plutôt un frein. Tant que les hommes et les femmes ne seront pas traités de la même manière sur de salaires et d’évolution de carrière, cela restera un frein.

A.O : Pour moi c’est un vrai moteur. Déjà parce je me sens fortement plébiscité à l’embauche, mais également parce que ce secteur est considéré comme un « milieu d’homme ». Cela peut paraître contradictoire, mais c’est une des raisons qui me pousse à prouver qu’une femme peut faire mieux qu’un homme.

Quels conseils donnerais-tu à une éventuelle future apprentie ?

C.Z : Il faut foncer, ne pas avoir peur, et apprendre à s’imposer. Ne doutez pas de votre potentiel : utilisez-le.

A.O : Il ne faut pas hésiter à échanger avec des anciens apprentis, leur demander des conseils et des retours sur leurs expériences. Aussi, je leur conseille de bien se renseigner avant de choisir une formation. Le meilleur moyen est d’aller directement à la rencontre des écoles et des formations. Il en existe beaucoup, de plus en plus spécialisés, d’où la nécessité de prendre le temps de bien s’informer pour mieux s’orienter.

Ces deux témoignages se rejoignent, se complètent, se contredisent et c’est en cela qu’ils sont enrichissants. Ils nous aident à mieux cerner l’état d’esprit, le profil et le parcours de ces apprenties en quête d’accomplissement. Et si vous retrouvez une partie de votre personnalité dans ces portraits de jeune femmes, vous savez ce qu’il vous reste à faire…