L’écoconception, un outil méthodologique indispensable face aux enjeux des transitions écologique et énergétique et du développement durable
L’écoconception, soit l’ensemble des méthodes de conception visant à limiter les impacts environnementaux en privilégiant la sobriété, l’efficacité énergétique et l’optimisation de la fin de vie des produits et des systèmes, n’est pas une donnée nouvelle dans les formations d’ingénieur mais sa montée en puissance, notamment dans le numérique, vient répondre à l’urgence induite, entre autres, par le changement climatique et l’épuisement des ressources. Confirmation avec Philippe Quémerais, ingénieur de recherche et responsable des Relations entreprises à l’ENSSAT Lannion.
Une réponse au défi environnemental à la fois “éthique” et réglementaire
« Personne ne peut nier aujourd’hui les périls environnementaux liés au réchauffement climatique, à l’épuisement des ressources et aux menaces qui pèsent sur la biodiversité, commence Philippe Quémerais, ingénieur de recherche et responsable des Relations entreprises à l’ENSSAT Lannion. Des périls environnementaux qui induisent des enjeux économiques et sociétaux forts auxquels il faut apporter des réponses. D’où une réglementation de plus en plus prégnante du côté des pouvoirs publics qui se sont désormais emparés du sujet de l’écoconception. » Dernier exemple à l’échelle européenne, l’adoption par le Parlement en avril 2024 d’un nouveau règlement EPSR – acronyme anglais pour Règlement sur l’écoconception pour des produits durables, « un règlement qui s’applique par catégorie de produits dans l’ensemble des états communautaires », précise Philippe Quémerais. Objectif : renforcer la circularité des produits et les rendre plus respectueux de l’environnement avec au final un gain en souveraineté.
Un objectif qui concerne aussi les écoles d’ingénieurs qui ont la charge de former leurs élèves à l’écoconception des services numériques et la sobriété numérique. « Limiter les impacts environnementaux en privilégiant la sobriété, l’usage limité des consommations, l’efficacité énergétique, l’optimisation de la fin de vie en visant la réparabilité, le reconditionnement, le démantèlement et le recyclage… Ces sujets-là, les écoles d’ingénieurs les traitent depuis longtemps, par exemple dans les domaines de la chimie, des matériaux et de l’agroalimentaire. Mais c’est beaucoup plus récent dans le numérique, une dizaine d’années avec une montée en puissance depuis cinq ans. »

« La maîtrise des outils méthodologiques et des outils logiciels de l’écoconception constitue un vrai plus pour nos futurs ingénieurs »
Philippe Quémerais, ingénieur de recherche et responsable des Relations entreprises à l’ENSSAT Lannion
Une boîte à outils pour être à l’aise avec les enjeux du développement durable
Dans les écoles d’ingénieurs où la formation et la sensibilisation à l’écoconception s’accompagnent de différents labels, sections et projets dédiés – DD&RS pour Développement durable et responsabilité sociétale, TES pour Transition écologique et sociétale (ou solidaire), TEDS pour Transition écologique pour un développement soutenable… -, l’objectif est de « doter les élèves d’une boîte à outils pour être à l’aise avec les enjeux du développement durable ». « À l’ENSSAT, les méthodologies de l’écoconception sont abordées auprès de tous les élèves ingénieurs en milieu de 2e année et sont prises en compte dans le projet de fin d’études avec, lors de la soutenance, une analyse critique du DD&RS de l’entreprise et des propres travaux de l’étudiant. Il doit connaître les impacts environnementaux et sociétaux du numérique et maîtriser les outils méthodologiques et les outils logiciels qui permettent d’analyser ces impacts et de prendre ensuite des décisions éclairées. »
Exemples concrets : comment limiter les consommations énergétique et matérielle d’un data center, d’une box internet ou d’un service de réservation de billets de train en ligne ? « Ces nouveaux outils méthodologiques sont désormais entrés dans la maquette pédagogique et, s’ils restent un peu “exotiques” pour des entreprises qui ne se sont pas encore emparées du sujet, ils constituent un vrai plus pour nos futurs ingénieurs. Rappelons d’ailleurs que le DD&RS est un sujet très intégré chez eux puisqu’on leur en parle depuis le primaire. Mais cela reste de notre responsabilité de les armer en briques méthodologiques et en compétences pour qu’ils puissent traiter plus tard le sujet avec le maximum d’atouts. » Et accélérer le déploiement de l’écoconception dans le plus grand nombre d’entreprises. Il y a urgence… environnementale.
