Industrie et Nouvelles technologies : des formations “au cœur du réacteur” et des ingénieurs recherchés dans tous les secteurs
Engagée depuis une dizaine d’années avec l’apparition des usines du futur et l’accélération de la robotisation, la mutation de l’industrie française intègre aujourd’hui les enjeux de souveraineté industrielle. Un secteur où les besoins sont énormes et l’apprentissage plébiscité. Éclairage avec Martine Assar, responsable de l’Observatoire des métiers de l’Institut Mines-Télécom, Sophie Bretesché, professeur de sociologie des organisations au sein de la formation Transformation digitale des systèmes industriels à IMT Atlantique, et David Lemoine, qui en est le responsable pédagogique.
Le XXIe siècle sera industriel, performant et plus vertueux
« Dans le contexte actuel de tensions économiques, politiques et géopolitiques, dire que l’industrie nous sauvera, c’est un discours de bon sens. L’industrie française est un secteur d’avenir qu’il faut débarrasser des préjugés et des clichés (pollution, pénibilité des métiers, rémunération faible, horaires impossibles…) dont il pâtit encore, commence Martine Assar, responsable de l’Observatoire des métiers de l’Institut Mines-Télécom. Les logiques de l’industrie d’hier sont obsolètes et la crise sanitaire a permis de mettre en lumière des infrastructures modernes, robotisées et des industriels préoccupés par la transition écologique et énergétique et le bien-être des salariés dont on sait qu’il favorise la productivité. On estime à un million les recrutements à 2030 (entre 2019 et 2030, étude France Stratégie et Dares de 2022) dans un secteur qui rémunère de plus de 20% que tous les autres secteurs professionnels en France. » Pour exemple, la production et la maintenance, plus particulièrement la maintenance prévisionnelle qui permet d’anticiper les pannes sur les lignes de production en analysant en temps réel l’état des équipements, sont des métiers en grande tension donc qui recrutent. Autre voyant au vert, malgré un ralentissement actuel, la relocalisation des usines stratégiques (médicaments, batteries, microprocesseurs, énergies et Défense) se poursuit avec détermination depuis la crise sanitaire, générant de forts besoins en ingénieurs (conception, méthodes, production, maintenance, développement numérique). Cette dernière compétence fait partie des compétences-clés industrielles recherchées ces dernières années : numérisation des process industriels, IA et Data science industrielles et Lean manufacturing, soit le pilotage optimal, efficace, économe et vertueux de la production et du fonctionnement général de l’usine. Autant de briques technologiques présentes dans toutes les formations des écoles de l’IMT et de son réseau.

« Les formations en Génie industriel par apprentissage sont un vrai facteur de réussite »
David Lemoine, responsable pédagogique de la formation Transformation digitale des systèmes industriels à IMT Atlantique
Maîtrise des outils technologiques et mémoire des savoir-faire de l’industrie
« Les paysages industriel et scientifique bougent énormément ces dernières années – on peut l’illustrer avec l’IA qui explose – et nos formations sont en constante évolution. Aujourd’hui, au sein de notre formation Transformation digitale des systèmes industriels (FIT) ouverte en 2020, nous intégrons beaucoup plus d’IA et de Data science, vues comme des outils au service de la performance industrielle, confirme David Lemoine, responsable de la FIT à IMT Atlantique. Nous travaillons en collaboration avec Polytech Angers sur les aspects maintenance 4.0 et nous sommes aussi en réflexion avec l’université du Mans pour monter un autre parcours sur la conception digitale. Cela fait de la FIT une filière au spectre très large, partant de l’optimisation de la conception jusqu’à la distribution en passant par la production et adaptée aux besoins présents et futurs de l’industrie où nos ingénieurs doivent être force de propositions. C’est pourquoi les formations en Génie industriel par apprentissage sont un véritable facteur de réussite. À l’issue de la FIT, 100% des apprentis sont embauchés ou en poursuite d’études. Avec pour les premiers le plus que leur apportent les sciences sociales, c’est-à-dire une analyse claire du système sociotechnique de l’entreprise et une vision concrète des changements à opérer. » Plus que cela, les ingénieurs doivent assurer l’interface entre l’excellence technologique et l’évolution des savoir-faire dans l’industrie. « L’innovation ne peut pas se développer sans respect des savoir-faire de l’industrie. Les ingénieurs doivent être à la fois compétents sur la solution technologique, l’appréhension du contexte, l’organisation des process et l’impact que cela peut avoir sur les collaborateurs pour élaborer le plan d’accompagnement dont ils ont la charge, ajoute Sophie Bretesché, professeur de sociologie des organisations au sein de la FIT à IMT Atlantique. L’industrie est très demandeuse de ce genre de profils que la formation par apprentissage, ancrée sur le terrain, rend performants et rapidement opérationnels. Il y a donc un véritable enjeu et des défis qui ne sont pas que technologiques. »

« Les ingénieurs doivent être à la fois compétents sur la solution technologique et le plan d’accompagnement pour sa mise en œuvre »
Sophie Bretesché, professeur de sociologie des organisations au sein de la formation Transformation digitale des systèmes industriels à IMT Atlantique
Écologie, défi énergétique, relocalisation… : l’industrie connectée aux enjeux sociétaux
Des formations qui s’adaptent aux besoins des industriels, des filières industrielles boostées par les enjeux sociétaux et le contexte international, et de plus en plus de jeunes en quête de sens et d’engagement dans l’exercice de leur métier : voilà qui dessine le cercle vertueux déjà à l’œuvre dans la réindustrialisation française. « Cette volonté des jeunes, on l’observe notamment dans le secteur énergétique pour une énergie décarbonée et moins chère. L’aéronautique qui mène une réflexion sur la décarbonation programmée jusqu’en 2050 a besoin d’ingénieurs pour explorer et concevoir de nouveaux systèmes où l’empreinte carbone sera moindre, confirme Martine Assar. Quant à la transition écologique, elle est transverse à toute réflexion sur la chaîne de valeurs avec l’analyse du cycle de vie dès la conception d’un produit et l’écoconception où tout est pensé pour être vertueux, bon pour la planète et recyclable. » Ainsi en septembre, IMT Atlantique va ouvrir une quatrième formation par apprentissage Écologie industrielle et Décarbonation (FID)
Dernier message de Martine Assar à l’attention des étudiants : « L’industrie est le seul secteur où l’ascenseur social marche encore, un secteur où l’entreprise donne tout à fait les moyens à un jeune opérateur de devenir ingénieur. Nos parcours d’apprentissage portent la même logique : intégrer une école d’ingénieur pour rejoindre l’industrie, c’est une chance unique d’accéder à des métiers passionnants, porteurs de sens et d’utilité sociale. Il faut lutter contre l’autolimitation, le choix de voies auto-tracées et le sentiment d’illégitimité qui encombrent certains jeunes (garçons ET filles). Il n’y a rien d’impossible ni rien qui interdit de rêver plus haut. » A fortiori si l’ascenseur fonctionne…

« L’industrie est le seul secteur où l’ascenseur social fonctionne encore »
Martine Assar, responsable de l’Observatoire des métiers de l’Institut Mines-Télécom
